La littérature française de A à Z
Index F >> Farce >> la Farce et Molière
test
la Farce et Molière
 
Molière récupérera des éléments de la farce traditionnelle - [...] Partie réservée aux abonnés [...]
 
C'est grâce à la farce que Molière est devenu l'artiste favori du jeune Louis XIV et que l'État lui a donné les moyens de créer ses grandes comédies. Car, ce jour du 24 octobre 1658, alors que Molière, après treize ans d'errance, a enfin réussi à jouer devant le roi, c'est une farce qui a sauvé la situation. Molière, dont le rêve était d'être un grand tragédien malgré son peu de succès dans ce domaine, avait choisi de présenter au roi Nicomède de Corneille. La représentation avait été ennuyante et pénible. Pour sauver la situation, Molière décide sur le coup de jouer une farce en complément de programme, le Docteur amoureux, dont le texte est aujourd'hui perdu : or, le roi rit comme il n'avait jamais ri au théâtre. L'échec de Nicomède est effacé du coup et, sur ordre du roi, Molière se retrouve avec une salle à Paris (sans loyer à payer!) et doté d'une subvention annuelle.
 
[...] Partie réservée aux abonnés [...]
 
La Jalousie du Barbouillé
Il s'agit là du plus ancien texte que nous possédons de Molière, antérieur à 1654. À Paris, Molière a repris cette pièce en 1660, 1662, 1663 et 1664 sous le titre la Jalousie de Gros-René, du nom de son interprète, le comédien René Berthelot dont le nom de comédien était Du Parc pour les pièces sérieuses et les grandes comédies, et Gros-René pour les farces.
 
[...] Partie réservée aux abonnés [...]
 
Le Mariage forcé
Cette farce, créée dans les appartements de la reine-mère au Louvre le 29 janvier 1664, est à l'origine une comédie-ballet ; d'ailleurs, lors de cette première représentation, Louis XIV en personne jouait un rôle dans les ballets. Mais, comme Molière l'a fait par la suite, on la joue comme farce en un acte.
 
[...] Partie réservée aux abonnés [...]
 
L'Amour médecin
Cette farce a été créée à Versailles le 15 septembre 1665, entre Dom Juan et le Misanthrope : ce qui montre à quel point Molière, sans problème, passe de la farce aux grandes constructions dramaturgiques complexes, tant du point de vue philosophique que du point de vue psychologique.
 
[...] Partie réservée aux abonnés [...]
 
C'est dans cette pièce que Molière, qui se serait fait aider de Boileau, s'est amusé à parodier les cinq médecins les plus connus de Paris, dont Daquin, médecin du roi et propriétaire de la maison où logeait Molière. Et c'est aussi dans cette pièce que Molière lance ses plus belles vacheries à la médecine de son temps.
 
Dans ces trois farces, les médecins, avec leur chapeau pointu et leurs longs oripeaux noirs, étaient une présence constante. Si la parodie des galimatias savants et médicaux est un des ressorts comiques de la farce française depuis le Moyen-Âge, et sans parler des délires du Dottore de la commedia dell'arte, c'est Molière qui démontre le premier (et c'est pour cette raison que ses comédies demeurent actuelles) que les médecins ne veulent pas qu'on les comprennent. Il expose que le langage exerce un énorme pouvoir lorsque celui qui l'énonce travaille à n'être pas compris. Il montre aussi que ce pouvoir du discours incompréhensible est une compensation pour une impossibilité à comprendre le réel et à agir sur lui : les médecins de Molière étourdissent leurs patients de discours car ils ne savent pas comment les guérir. 
 
Les Fourberies de Scapin
Octave et Léandre, deux jeunes gens, sont mal pris : leurs pères, qui sont amis, reviennent de voyage, et eux, pendant ce voyage, ont fait des bêtises. Octave a épousé Hyacinte, une jeune fille pauvre, et ce sans le consentement de son père Argante. Et Léandre, fils de Géronte, s'est amouraché d'une Eacute;gyptienne (c'est-à-dire une gitane) nommée Zerbinette, ce qui ne plaira pas non plus à son père. Pour se sortir de cette situation fâcheuse, ils font appel à un valet plein d'invention : Scapin, qui, effectivement, prend la situation en main. Au vieil Argante, il raconte une histoire abracadabrante : la tendre Hyacinte a un frère, terrible spadassin, qui accepterait que le mariage soit rompu moyennant un sac de pistoles. Comme Argante trouve le montant trop élevé, il décide d'en appeler en justice, ce dont Scapin le dissuade en lui faisant un portrait effrayant des horreurs du système judiciaire. À Géronte, il raconte que son fils enlevé par les Turcs, est à bord d'une galère et lui soutire ainsi cinq cents écus de prétendue rançon. Et pour se venger de l'avarice de Géronte, il l'enferme en plus dans un sac en lui faisant croire qu'un groupe de fiers-à-bras veulent l'attaquer : il en profite pour rouer Géronte de coups, mais le vieillard, qui met la tête hors du sac, surprend Scapin et jure qu'il le fera pendre. Or, on découvre qu'Hyacinte est la fille de Géronte, née d'un mariage secret. Quant à Zerbinette, elle s'avère être la fille d'Argante, enlevée en bas âge par des Égyptiens. Plus rien ne s'oppose aux épousailles d'Octave et d'Hyacinte et à celles de Léandre et de Zerbinette. Les deux vieillards voudraient bien se venger de Scapin lorsqu'il apparaît la tête entourée d'un bandage, prétendant qu'il est si grièvement blessé qu'il va mourir. Évidemment qu'on lui pardonne. Évidemment aussi qu'il guérit instantanément, disant à l'assemblée qui s'apprête à aller souper : « Et moi qu'on me porte au bout de la table, en attendant que je meure ».
 
Les Fourberies de Scapin, créées en 1671, datent de la dernière période de la vie de Molière, qui mourra deux ans plus tard. C'est une comédie pure, une sorte de machine à jouer ou, si l'on veut être plus précis, une célébration du théâtre où Scapin se révèle être un double de Molière.
 
La pièce est d'une unité remarquable et dotée d'un rythme époustouflant : tout s'enchaîne avec une logique confondante qui trouve sa source dans les stratagèmes que Scapin ne cesse d'inventer pour sauver les amours d'Octave et de Léandre. La pièce défile à toute allure, sans temps mort. Pourtant, s'il est une pièce de Molière construite à partir de sources aussi disparates que simples à identifier, c'est bien les Fourberies de Scapin.
 
La première source est le Phormio de l'auteur latin Térence (~184 - ~159), qui était considéré au dix-septième siècle comme le modèle premier pour la comédie. Phormio est le nom d'un habile parasite social qui aide deux cousins à se trouver des épouses pendant que les pères des deux jeunes gens sont en voyage ; lorsque les pères reviennent, avec d'autres plans matrimoniaux pour leur fils, Phormio réussit à arranger la situation tout en soutirant de l'argent aux vieillards. On le voit, toute l'intrigue de Scapin est là.
 
Mais les emprunts ne s'arrêtent pas là. Lorsque Sylvestre se déguise en spadassin pour menacer Argante, Molière fait un emprunt à l'autre grand auteur romain de comédies, Plaute (~250 - ~184), qui avait imaginé une semblable situation dans son Bacchis. De la Soeur de Rotrou (1609-1650), il vole le jargon des soldats et certains traits du héros de la pièce, le valet Ergaste, se retrouvent chez Scapin. À Cyrano de Bergerac (le vrai ! 1619- 1655), il emprunte une réplique de son Pédant joué : le célèbre " Que diable allait-il faire dans cette galère?" Enfin, cette pièce dont l'action se déroule dans une Naples de fantaisie, emprunte sa vitalité et la personnalité de Scapin à la commedia dell'arte.
 
On demeure étonné de la façon avec laquelle Molière a su intégrer ces matériaux dramaturgiques épars pour créer une pièce qui, à chacun de ses moments, porte sa marque. Et depuis la célèbre mise en scène de Jacques Copeau en 1920, on voit à quel point ce qui crée l'unité de la pièce, c'est le théâtre lui-même. Scapin, devant les yeux des spectateurs, noue et dénoue des situations qu'il a lui-même inventées. Il est, comme sur le vif, l'auteur de la pièce qui se déroule devant nous. À sa manière, il est l'équivalent de Prospéro dans la Tempête de Shakespeare : un double de l'auteur. Si Molière s'est mis en scène lui-même dans l'Impromptu de Versailles, c'est dans les Fourberies de Scapin, sous le masque de ce valet, qu'il révèle le fonctionnement de son art.
 
[...] La suite de cet article est réservée aux abonnés [...]

Article n°: 454-502 - Article démo: 11.031 caractères. - Article complet: 17.142 caractères.



ACCÈS MEMBRE        -        DEVENIR MEMBRE

- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - publicité - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -

 
» Index A
» Index B
» Index C
» Index D
» Index E
» Index F
  » Fable
  » Fabliau (13è - 14è siècle)
  » Fantastique
  » Farce
    » Farce médiévale
    » Farce satirique
    • la Farce et Molière
  » Fées
  » Feuilleton
» Index G
» Index H
» Index I
» Index J
» Index K
» Index L
» Index M
» Index N
» Index O
» Index P
» Index Q
» Index R
» Index S
» Index T
» Index U
» Index V
» Index W
» Index X
» Index Y
» Index Z
» Mouvements, écoles, courants
» REPÈRES HISTORIQUES

ACCÈS MEMBRE        -        DEVENIR MEMBRE

Réalisation: d.martens editions - Siren:328192638